Newfoundland, des vues à couper le souffle et une ambiance apaisante (2)

26 Juin – 20 Juillet 2023

Kilomètres parcourus : 10 666 km  |  Ours aperçus : 2  |  Orignaux aperçus : 2 | Rorquals aperçus : ∞

Après un bon weekend repos à Bonavista, je reprends ma route vers les petits villages de New-Wes-Valley et Newtown recommandés dans un guide trouvé à l’office de tourisme de Saint John’s. Dans tous les blogs sur Terre Neuve que j’avais lu, personne ne parlait de cette endroit… Et puis c’est sur la route du parc national Terra Nova, parfait ! 1 pierre 2 coups ! 

J’ai finalement été assez déçue de ce parc. Ils ne peuvent pas être tous biens évidemment. A l’accueil, on m’avait conseillé une balade pour voir des castors à “coups sûrs”. J’ai passé du temps pour espérer en voir, patienter longtemps en ne faisant aucun bruit et pourtant je n’en ai pas vu un seul. L’autre balade un peu connu du parc était belle mais sans plus. Il n’y avait pas de vue spectaculaire comme dans d’autres parcs nationaux canadiens. Le seul point positif de cette marche a été la petite Marthe que j’ai vu en train d’attraper un poisson puis le ramener sur la terre ferme. Très mignonne ! 

Je reprends la route sous le brouillard pour arriver dans ces petits villages qui sont, parait-il, la Venise de Terre-Neuve. Le temps n’est vraiment pas avec moi, même en plein mois de Juillet : il y a du brouillard et il pleut. Mais en arrivant à New-Wes-Valley, je comprends l’engouement de ce village de pêcheurs. Un très petit village mais avec plein de couleurs et de l’eau partout ! Je ne pense pas que j’aimerais vivre ici, c’est assez éloigné de tout. Mais c’est vraiment agréable de se balader ! Il y a quelques petites collines qui me permettent de voir le village d’un peu plus haut, malgré le brouillard. Je continue ma route jusqu’a Newtown, autre village de la Venise de Terre-Neuve. Et j’ai de la chance le soleil commence à pointer son nez, je fais des câlins a un chat que je croise et je découvre ce village encore plus coloré que le précédent. Je ne trouve pas que cela ressemble réellement à Venise (même pas du tout !) mais je suis agréablement surprise de ces deux villages et contente d’être venue ici. 

Prochaine étape : Twillingate. Composé de deux îles, Twillingate est un village pittoresque situé tout au bout d’un chapelet d’îles. Cette petite ville est surtout connue comme étant la capitale mondiale des icebergs. Arrivant en plein milieu du mois de juillet, je ne pensais pas voir beaucoup d’icebergs ou alors des tous petits. Les gens (locaux et touristes) que j’avais croisé étaient plutôt pessimistes sur la possibilité de voir des gros blocs de glace à cette période. Le lieu pour poser ma voiture que j’avais trouvé promettait, d’après les commentaires, une magnifique vue sur la baie et l’océan. Malheureusement, sur les deux jours passés à Twillingate le brouillard ne s’est jamais vraiment levé. J’ai donc pu apprécier la beauté des nuages en imaginant ce qu’il pouvait y avoir derrière. 

Malgré le mauvais temps, j’ai quand même voulu aller faire une petite balade après avoir travailler toute la matinée. En laissant la voiture, je m’aventure un peu plus proche de la baie où je découvre déjà un petit parking avec beaucoup de touriste, que l’on ne voyait ni entendait de là où j’étais mais surtout des masses blanches derrière les nuages… Des icebergs ! Ils sont effectivement petits mais c’est toujours impressionnant à voir. J’essaye d’imaginer la température de l’eau mais il fait déjà assez froid dehors, j’ai pas envie de me transformer en glaçon juste en y pensant ! Je prends un chemin qui m’amène à un immense phare sur une falaise, complètement dans le brouillard on voit a peine le haut. Les horns anti-brouillard pour les bateaux fonctionnent à plein régime. Ce n’est pas silencieux ! Bon, c’est le but me direz-vous. Je continue un sentier vu sur l’un des panneaux qui longent la côte mais je me perds entre le brouillard et la mauvaise signalisation. Ça m’énerve !

Je retourne sur mes pas pour retrouver les icebergs et ma voiture où je vais pouvoir me poser. Puis au dernier moment, à 5 minutes de ma voiture, j’aperçois un escalier qui grimpe sur une falaise et me dirige vers celui-ci. Je croise un couple qui en descend et ils me disent que si je continue 15-20 minutes, j’aurais le droit à un magnifique spectacle d’icebergs. Je m’élance vite, je n’ai pas envie de louper ça ! Il y a 2 minutes, je voulais rentrer me mettre en pyjama en regardant une série dans ma voiture et me voila en train presque de courir sous la pluie pour une vue qui n’est peut-être même plus visible avec tout ce brouillard. Je monte, descends puis remonte puis redescends en scrutant l’horizon et puis enfin, j’aperçois deux icebergs flottants sur l’océan. Ils sont un peu cachés par le brouillard mais on les aperçoit quand même très biens. Ils ne sont pas petits ! Je reste une vingtaine de minutes à contempler et à prendre des photos. C’est magnifique ! Plus je reste, plus le brouillard se dissipe devant moi et les deux icebergs se transforment en cinq gros icebergs et un sixième tout petit en bas de la falaise. Je n’en reviens pas de ce spectacle. Je suis toute seule dans le brouillard face à 6 icebergs qui se dévoilent petit à petit. Wahou ! Je n’ai pas d’autres mots, je n’ai plus les mots. C’est toujours quand je m’attends à rien parce qu’il ne fait pas beau, que je vois des choses extraordinaires (ie Île de Bonaventure). Le spectacle est fou. J’ai bien fait de suivre mon instinct en prenant ces escaliers. Je n’arrive pas à partir ! Mais il le faut parce qu’il commence a faire froid et j’irais bien prendre une douche bien chaude au port. 

Je repars le lendemain et évidemment le soleil pointe son nez à ce moment là. J’en profite pour faire une balade facile sur le haut du village. La vue avec le beau temps est magnifique. Je suis entourée de fjords et j’aperçois des icebergs au loin. Impressionnant ce mélange soleil, eau bleue très foncée et icebergs. 

Conduire avec le soleil fait du bien après 4 jours de brouillard. Je fais des kilomètres pour aller dans le plus petit village du Canada avec seulement 4 habitants & une route en terre pour y accéder. Plus de 3h de voitures, pour une village bien moche au fond d’un trou sans aucune visibilité ! Pas foufou. Mais ça me permet de visiter la ville voisine plutôt mignonne. En effet, il n’y a qu’une route d’une centaine de kilomètres pour accéder à cette ville (et d’autres petits villages) & il n’y a absolument rien sur des kilomètres à part des arbres et des collines. C’est très beau mais j’aimerais pas vivre ici ! Ça donne vraiment l’impression d’être au bout du monde. Le seul moyen de se déplacer est la voiture & le bateau ! Même pas de transport publics (seulement les bus scolaires). 

Sur la route je croise quelques tas de bois très très bien rangé comme toujours ! J’aime beaucoup quand tout est bien aligné, et le bois au Canada est toujours rangé au millimètre. 

Mon prochain arrêt est le parc national du Gros Morne, oui même en anglais le nom reste Gros Morne. C’est drôle de l’entendre prononcé avec l’accent anglais, j’ai eu du mal à comprendre la première fois que je l’ai entendu ! 

Ce parc entre océan et montagne est très réputé pour ces paysages contrastés. Je viens de réaliser qu’il est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco en écrivant cet article. On en apprend encore même après son passage ! 

Je suis arrivée en fin de matinée & j’avais prévu une belle balade de 2h. Le soleil était au rendez-vous malgré les nuages plutôt noirs au loin. J’ai commencé la balade au sec, je l’ai fini sous des trombes d’eau ! Et évidemment une fois arrivée à ma voiture la pluie s’est arrêtée… c’est toujours comme ça ! Mais c’était plutôt drôle de patauger dans la gadoue. 

Le lendemain je m’en vais au fjord d’eau douce de l’étang Western Brook avec ses falaises plus hautes que la CN Tower à Toronto. À pied on ne peut accéder qu’au début des falaises. Il faut ensuite prendre un bateau croisière pour s’enfoncer dans le fjord. Il y a aussi une rando possible tout au fond du fjord mais on a l’obligation de prendre un guide à plus de $300 la journée, ce n’est pas dans mon budget ! J’ai rencontré des québécois au camping plus tard qui l’ont fait et m’ont dit que ça valait vraiment le coup. Une prochaine fois ! 

De toute manière, la journée s’annonce maussade. Le beau temps devrait revenir demain. Je réserve la longue rando du Gros Morne et m’en vais vers les Tablelands. On se croirait sur Mars quand il y avait encore de l’eau. La terre est ocre, il y a des hautes collines avec quasiment aucune végétation. C’est surréel ! Je ne fais pas la randonnée entièrement car le brouillard est bien bas & je n’ai pas envie de me perdre. Le début du sentier est très bien signalé mais le reste du chemin ne comporte aucune balise. A l’accueil ils donnent seulement une carte avec un sentier conseillé. Il y a aussi la possibilité d’avoir un guide (à réserver des semaines à l’avance évidemment). C’est pas grave, je garde mes forces pour le lendemain. J’ai 18km à faire ! Je trouve un petit camping très sympa « premier arrivé premier servi » avec une super vue sur des fjords. J’aime bien l’ambiance du camping, l’odeur du feu, les conversations en faisant sa vaisselle et surtout les bonnes douches chaudes après une journée sous la pluie ! 

Comme toujours au Canada – et encore plus à Terre-Neuve – le temps change très vite. Le lendemain je me réveille sous un grand ciel bleu et ils annoncent des températures chaudes. Je pars tôt le matin pour entreprendre la montée du Gros Morne. Il y a déjà pas mal de monde sur le sentier mais j’arrive à garder mes distances. La partie la plus difficile est la montée droit dans la pente dans un ravin très abrupt. Il n’y a pas vraiment de chemin tracé, chacun fait sa route au milieu des cailloux et autres gros rochers. Je suis la seule à faire des zigzagues tout le long de la montée, tout le monde monte droit dans la pente. Et évidemment ils se fatiguent très vite. Surtout sous 35 degrés ! J’ai réussi à monter sans m’arrêter – ou presque – et à doubler tout le monde (vu qu’ils s’arrêtaient tous pour reprendre leur souffle), j’étais plutôt contente de moi ! Même s’ils me regardaient tous bizarrement, j’étais moins fatiguée que tout le monde. Un gars m’a même fait la réflexion « mais en faisant ça tu parcoures plus de distances donc tu te fatigues plus », j’ai essayé de lui expliquer que non, c’était le contraire mais il a rien voulu savoir. Il a du comprendre mon point de vue quand je l’ai doublé deux fois & que je suis arrivée bien avant lui au sommet. Après cette montée quand même fatigante, je suis bien contente d’arriver en haut (806m) ! C’est tout plat, avec plein de cailloux partout. J’imagine que l’hiver les caribous adorent venir se réfugier ici (le sentier est d’ailleurs fermé jusqu’à début juillet pour laisser la faune sauvage se reproduire). 

La vue 360° est bluffante, il y a d’un côté l’océan et de l’autre des collines un petit peu plus petite que le Gros Morne (la plus haute montagne de Terre-Neuve !) avec plein de lacs partout et des cascades qui tombent d’une colline à l’autre. On se croirait un peu dans un décor de Disney ! Je trouve ça absolument magnifique. Le sentier pour redescendre est très bien balisé avec de longs chemins de bois & des escaliers qui offrent des vues splendides. La descente est pour une fois bien plus belle que la montée. J’arrive pas à croire que je suis encore à Terre-Neuve j’ai l’impression d’avoir changé de continent. Tout était plutôt plat jusqu’à présent. 

18km et 5h plus tard je retrouve ma voiture en plein soleil, il fait 52°C à l’intérieur. C’est sympa ! Toute cette activité et cette chaleur j’ai le droit à un bon magnum au chocolat & un grosse douche. C’est ma dernière nuit à Gros Morne. 

Le lendemain je pars pour le parc provincial de Blow Me Down, où je ne devais pas y aller mais les québécois rencontrés au camping m’ont dit que c’était un indispensable. Je fais la route en m’arrêtant quand même dans une ville pour faire les courses et des lessives ! Et j’arrive le soir sur le parking d’une belle balade à faire le lendemain. Il y a d’autres voyageurs en van comme moi mais cette fois chacun reste dans son coin tranquille. Le lendemain, tous les vans sont partis ils avaient du faire la randonnée la veille ! Cool, je vais avoir la vue pour moi toute seule. Et en effet, je n’ai croisé personne tout le long. La vue est très belle, j’ai l’impression d’être autour de Vancouver. Ça donne un peu la même ambiance. Des montagnes et de l’eau avec pas mal de petites iles. Je ne regrette pas ce petit détour ! 

Mon dernier jour sur Terre-Neuve arrive et je profite des magnifiques paysages (malgré la météo) une dernière fois avant de prendre le ferry depuis Channel-Port-aux-Basques. Cette fois, la traversée sera moins longues, seulement 7h. J’avais prévu de rester une quinzaine de jours sur Terre-Neuve, j’ai finalement passé trois grosses semaines sur l’ile. Et je ne regrette pas du tout ! Cette ile est un des coups de coeur de mon voyage. Je ne me vois peut-être pas habiter ici mais c’est très agréable à visiter – les gens ont le coeur sur la main, les paysages sont magnifiques et il y a toujours des belles surprises animalières !